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Issa Smatti, Himalaya, Asie Centrale, Interview

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Issa Smatti est directeur des destinations Asie Centrale, Himalaya et Chine

chez Nomade Aventure
16 pays de destination et plus de 150 voyages différents. Il nous a consacré un peu de son temps pour cette interview.

 

 

Issa depuis combien de temps es-tu dans l’univers du voyage ?

Je suis chez Nomade Aventure depuis 2002, déjà 11 ans (sourire), mais aussi loin que je me souvienne, le voyage a toujours été une fascination pour moi. En fait, j’ai commencé par accompagner des ados comme moniteur, puis des groupes d’adultes et, au fil du temps, j’ai été amené à gérer la logistique. C’était en Mauritanie. Je m’occupais de différents groupes en partance pour le désert. C’est sans doute à ce moment là que m’est apparue cette évidence : j’aimais ce job. Au lycée, j’étais attiré par les voyages et pendant mes vacances je partais sac à dos à l’aventure, en solitaire. Je suis né en plein socialisme, en Algérie où cette pratique n’était pas très courante. Un jour, je dis à mon père : « je pars en Syrie dans 2 jours », j’avais fait faire mon passeport, j’étais prêt. Il a ouvert de grands yeux et je me suis bien fait engueulé. J’en garde un excellent souvenir. Le voyage c’est l’ouverture d‘esprit, c’est l’occasion de faire des rencontres inattendues et  improbables, et c’est magique.

 

Comment conçois-tu tes voyages chez Nomade ?

La conception d’un voyage passe d’abord par l’ouverture sur les autres, la tolérance et, en même temps, c’est une fenêtre sur soi-même. Plus concrètement, il y a des destinations qui émergent, que tout le monde propose dans notre secteur, donc il y a plus de concurrence. Il faut alors réfléchir pour trouver quelque chose de différent. En tout cas, chez Nomade, cela fait parti de ma mission : imaginer, concevoir, en incluant cette différence, ne pas faire le même truc que tous les autres. Par exemple, en Ouzbékistan : Samarkand, Khiva et Boukhara sont des points incontournables pour tous les tours-opérateurs. On peut vite se retrouver à organiser la même chose. La différence de Nomade : plutôt que de proposer les déplacements en minibus ou en car, le voyage  a été préparé par moi-même sur place. J’ai testé le train et rencontré les locaux  avec qui j’ai beaucoup échangé. Le contact, c’est important. Le train, c’est aussi différent car ça permet de circuler de wagon en wagon, au lieu de rester coincé dans son minibus entre personnes du même pays. Au passage, ça  permet aussi de gagner du temps en voyageant de nuit, en couchettes, au lieu de passer une journée en transport routier. C’est également important pour moi de se centrer sur l’aspect humain, sur l’échange et le regard entre touristes et locaux. Un autre exemple qui me revient : en Jordanie nous avons mangé dans une famille de nomades de Baïda, près de Petra, pour partager leur repas, essayer un minimum de comprendre comment ils vivent et ainsi briser les murs de la différence culturelle. Même si on ne parle pas la même langue, il y a toujours un moyen de communiquer quand on a une certaine ouverture d’esprit. Un autre exemple, en Mongolie nous avons fabriqué une petite yourte que nous avons installé sur une charrette tiré par un yak, une roulotte en quelque sorte, mais locale. Nos clients et leurs enfants ont adorés ce « moyen de locomotion » très insolite… je pourrais passer des heures  à te raconter tout cela.

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Ça fait rêver ces voyages, mais pour le pro, comment ça se passe ?

En 20 ans de carrière, j’ai bien évidemment connu quelques galères et la première qui me revient à l‘esprit c’est en Jordanie en 98 où trois personnes du groupe se sont égarées dans le désert pendant deux heures. Deux heures, ça peut paraître anecdotique mais en plein désert, juste avant le cagnard de midi, pour le guide le sentiment qui domine c’est l’angoisse, le poids qui pèse sur tes épaules, la responsabilité des personnes que tu accompagnes. C’est un métier où tu es toujours dans l’anticipation, comme si tu vivais le futur avant qu’il n’arrive : prévoir ce qui peut arriver, le risque éventuel à prévenir. Notre métier peut faire rêver, mais c’est une concentration de tous les instants pour faire que justement tout se déroule sans encombre et ainsi le rêve se réalise.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Sans réfléchir, le premier truc qui me vient c’est la région du Simiens en Ethiopie. Pour moi ce sont des paysages hypnotiques, tellement le contraste entre la zone désertique brûlée par le soleil et la végétation qui explose dans ces montagnes est hallucinant. Les village d’altitude, les singes Gelada que l‘on appelle aussi les singes-lions, une espèce endémique belle et intrigante à la fois, les ibex, sorte de mouflons, et tu n’imagines pas un seul instant découvrir tout cela en Éthiopie la première fois que tu pars là bas.

Sur des voyages un peu plus « physiques » genre trek à 5 000 ou 6 000 mètres d’altitude, comment es-tu certain que tes clients seront en condition ?

Le point n° 1 pour moi : c’est la préparation psychologique. Souvent les clients ne réalisent pas la difficulté physique : dénivelés, altitude, environnement spartiate, le temps de marche, les températures négatives, le couchage rudimentaire. Il faut déjà intégrer cette dimension de difficulté. Ensuite, bien sûr, vient la condition physique, prendre le temps de se préparer, car il ne faut pas se mettre en danger ni mettre le groupe en danger. Ils doivent bien entendu faire une visite médicale avant et, suivant le niveau de difficulté, nous conseillons une préparation physique au préalable.

Avant le départ fais-tu quelques recommandations sur le matériel ?

Nous avons des fiches techniques pour le matériel, l’équipement pour un trek. En montagne, il est primordial d’avoir des chaussures adaptées, un bon duvet et des vêtements adéquats. C’est important : on ne fait pas les Annapurnas en tongs et en T-shirt ! Donc, des vêtements techniques pour le froid et le chaud, sans oublier de ne pas se surcharger pour ménager les porteurs…

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Ces voyages ont ils un impact sur l’environnement local ?

C’est un sujet éminemment complexe, mais pour moi il y a 4 choses essentielles :
1 – Le voyage est un échange, une découverte partagée comme je le disais précédemment : celui qui visite et celui qui reçoit. Celui qui reçoit découvre une autre culture par le contact et c’est aussi une façon de voyager pour lui.
2 – Économiquement, c’est une source de revenu et même de développement. Sur certaines destinations, les locaux se sont mis à cultiver des légumes ou ont acheté des poules pour  vendre des produits aux groupes. C’est aussi une amélioration de leurs conditions de vie.
3 – Nous exigeons que tous les produits non-recyclables localement soient rapportés en France. Ne pas laisser de déchets sur place est impératif, sinon ça fini sur les sentiers ou sur les sommets.
4- Ne pas distribuer n’importe quoi et n’importe comment, respecter les coutumes, les traditions et les cultures locales. Un cadeau que l’on offre a une valeur, pas seulement pour celui qui le reçoit, mais il doit aussi avoir une valeur aux yeux de celui qui donne.
Akammak est partenaire depuis 2011.

Pour découvrir Nomade Aventure, http://www.nomade-aventure.com/
Vous souhaitez avoir des informations complémentaires : ismatti@nomade-aventure.com

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